Mathéo Le Meur est coutelier d’art. Depuis son atelier installé à Spernéger, il dirige la Forge de l’Épine Blanche, où il conçoit et réalise à la main des couteaux personnalisés, entre acier forgé et bois locaux. Nous l’avons interrogé sur son parcours, son rapport à la matière et ses attaches bretonnes.
Du décrochage scolaire à la forge
Le chemin vers la coutellerie n’a pas suivi une ligne droite. Mathéo forgeait déjà en autodidacte lorsqu’il a décroché du parcours scolaire au lycée. Plutôt que de s’arrêter là, il a cherché une orientation qui aurait du sens pour lui. « C’est là que j’ai découvert l’existence d’une formation en coutellerie d’art. » Il a obtenu son CAP de coutelier d’art et joaillerie, puis a monté son propre atelier : la Forge de l’Épine Blanche.
Le nom de la forge raconte son ancrage. Spernéger, le lieu où il a installé son atelier, fait référence aux aubépines qui y poussent — les « épines blanches » en breton, spern gwenn. La forge porte donc le nom de son territoire, traduit dans la langue qui l’a nommé.
Quand on lui demande de définir l’âme de son atelier en trois mots, Mathéo répond sans hésiter :
« Minimaliste, chaleureux et subtil. »
Mathéo Le Meur, la Forge de l’Épine Blanche
De la musique, puis le feu
Avant toute chose, en arrivant à l’atelier le matin, Mathéo met de la musique. Puis commence le travail du métal — et notamment l’étape qu’il considère comme la plus exigeante : les traitements thermiques. « Ils donnent leurs caractéristiques mécaniques essentielles à l’acier. » C’est dans la maîtrise de la chauffe, du refroidissement et de la trempe que se joue la qualité d’une lame.
Pour les manches et les étuis, il privilégie des bois locaux. Une façon de rester connecté à son environnement sans en faire une doctrine, mais avec une cohérence discrète entre la matière et le lieu.
Parmi ses nombreux outils, l’un se distingue : le bocfil, une petite scie de précision pour découper le métal. « Ironiquement, c’est un outil qui me vient de la bijouterie et pas de la coutellerie. »
Des lames qui ont quelque chose à raconter
L’esthétique de Mathéo ne cherche pas l’éclat du neuf. Elle penche vers l’ancien, le patiné, le vécu. « J’aime l’histoire, les objets anciens. Je tends à donner à mes créations un aspect antique — ils ont quelque chose à raconter, tout comme les paysages bretons. »
Ces paysages, ce sont d’abord ceux des monts d’Arrée. Les landes, les crêtes, les bois qui les parsèment : c’est là que son imaginaire se ressource. Un territoire de granit et de brume, austère et magnétique, qui s’accorde avec le caractère de ses lames.
« Probablement les monts d’Arrée. Les landes, les crêtes et les bois qui les parsèment. »
Mathéo Le Meur, la Forge de l’Épine Blanche
Une épée d’inspiration celte
De toutes ses réalisations, une pièce occupe une place à part : une épée d’inspiration celte, basée sur les modèles de la période laténienne. « C’est une lame qui allie mes inspirations avec des caractéristiques iconiques de cette période. » La période de La Tène, du nom d’un site archéologique suisse, correspond au second âge du fer et a vu l’apogée de l’armement celtique en Europe — un héritage qui résonne particulièrement en Bretagne.
Pour la suite, Mathéo évoque des envies multiples : des techniques de gravure, peut-être un nouvel alliage. Les pistes restent ouvertes.
L’artisanat breton, tout simplement
Pour Mathéo, la définition de l’artisanat breton d’aujourd’hui tient en peu de mots : « Probablement quelqu’un qui se sent à la maison en Bretagne et qui en tire son inspiration, tout simplement. »
C’est cette conviction tranquille qui l’a mené vers TERR(IT)OIR. « Tout ce qui est local m’intéresse. Développer ce genre de projet a du sens, particulièrement aujourd’hui, je crois. »