À Laniscat, dans la campagne profonde du Kreizh Breizh, Mona-Louise Gillet a installé l’atelier RIZOM. Designer textile spécialisée dans le travail de la maille, elle conçoit des créations artisanales — luminaires, coussins, pulls — entièrement imaginées et réalisées à la main sur d’anciens métiers à tricoter mécaniques. Nous l’avons interrogée sur son parcours, ses gestes et sa vision d’un artisanat breton résolument contemporain.
Un fil tendu depuis l’enfance
La création plastique et « l’art de faire » irriguent la famille de Mona-Louise depuis longtemps. Grands-parents, oncles et tantes sont eux-mêmes artistes et plasticiens. Pour elle, l’attrait pour le tissu et le travail du fil s’est manifesté très tôt. C’est après des études en design que son parcours parmi les métiers à tisser croise finalement le chemin d’un métier à tricoter. « Je me prends de passion pour cet outil au potentiel incroyable et me spécialise dans le travail de la maille. »
En 2022, elle crée RIZOM Atelier Textile, avec une orientation claire : face aux dérives de l’industrie textile et à l’omniprésence du greenwashing, elle engage sa production dans une direction éthique et responsable, tournée vers les fibres naturelles et les circuits courts.
RIZOM, un nom qui fait réseau
Le nom de l’atelier porte en lui une double lecture. « À la manière d’un « rhizome » végétal, le tissu que je crée est un réseau de brins entrecroisés et de liens tissés. RIZOM parle de ma passion pour le fil, mais aussi des liens et connexions créés avec d’autres artisans et acteurs locaux sur le territoire rural qui m’entoure. »
Quand on lui demande de résumer l’âme de son atelier en trois mots, Mona-Louise répond sans hésiter :
« Matières naturelles, éco-conception, mailles singulières. »
Mona-Louise Gillet, RIZOM Atelier Textile
Un chat, trois métiers à tricoter et beaucoup de patience
La première chose que fait Mona-Louise en arrivant à l’atelier le matin ? « Câliner mon chat. » Puis vient le temps du travail, rythmé par un outil central : un ancien métier à tricoter mécanique entièrement manuel, couramment appelé « machine à tricoter ». « Mon premier modèle est sorti d’un grenier où il avait été soigneusement conservé, il date des années 80 et je l’ai entièrement restauré. Après de longues heures de mécanique fine, ce premier métier a aujourd’hui été rejoint par un deuxième, puis un troisième, des outils qui me permettent de tricoter toutes mes créations et dont le potentiel incroyable accompagne chacun de mes projets. »
L’élaboration d’un nouveau modèle constitue à chaque fois un véritable défi. « C’est un aller-retour constant entre le métier à tricoter et la prise de notes. Croquis, calculs et échantillons se succèdent afin d’ajuster le patron, les réglages de la machine, le choix des couleurs et des matières pour aboutir à un premier prototype. Un dialogue entre techniques traditionnelles et création contemporaine. »
La laine bretonne au cœur de l’atelier
La valorisation de matières premières locales et traçables est au cœur des engagements de RIZOM depuis sa création. Les coussins sont garnis en flocons de laine de moutons bretons. Côté tricot, Mona-Louise utilise des fils de pure laine française, bretonne pour certaines collections. « J’adore cette matière aux propriétés multiples — thermorégulatrice, antibactérienne —, noble et rustique à la fois. »
Cette exigence s’inscrit dans une conviction plus large sur ce que signifie être artisane en Bretagne aujourd’hui. « C’est développer un artisanat en harmonie avec le territoire, inspiré par les singularités de la région et toujours dans le respect de ses habitants et des milieux naturels. Loin du folklore et des boutiques de souvenirs, il s’agit de privilégier la collaboration avec des acteurs locaux et de valoriser autant que possible les matières premières et ressources présentes sur notre territoire. »
Entre côte sauvage et campagne profonde
L’imaginaire de Mona-Louise se nourrit à deux sources. La côte sauvage finistérienne d’abord, qui « remplit son cœur de beauté chaque été depuis l’enfance ». Mais c’est le Kreizh Breizh qu’elle a choisi pour s’installer au quotidien.
« C’est un environnement propice au temps long de la création textile, un écosystème associatif et paysan où les alternatives fleurissent, autant d’éléments qui infusent dans mon travail et portent mon atelier au quotidien. »
Mona-Louise Gillet, RIZOM Atelier Textile
Un premier pull, une fierté
À l’automne 2025, Mona-Louise a sorti un premier modèle de pull, aboutissement d’un long processus de prototypage. « Ce fut un long processus pour développer ce design que je souhaitais à la fois singulier et intemporel. J’ai choisi du mérinos français, une fibre à la douceur exceptionnelle qui conserve l’esthétique rustique et authentique de la laine de pays. Il est mélangé avec de la laine issue de stocks dormants, collectée en Bretagne. Une manière de soutenir la filière laine locale tout en s’engageant contre la surproduction textile générée par les dérives de l’industrie. »
Pour la suite, Mona-Louise regarde du côté de fibres encore absentes des circuits locaux. « J’attends avec impatience le retour du fil de chanvre et/ou de lin textile sur le territoire breton ! Des matières sublimes, qui s’ennoblissent à l’usage et que je serais ravie de mettre en avant dans de futures collections. »
Rejoindre TERR(IT)OIR
Quand on lui demande pourquoi elle a rejoint l’aventure TERR(IT)OIR, Mona-Louise ne cache pas son enthousiasme. « C’est un plaisir de rejoindre le projet TERR(IT)OIR dès ses débuts. Pour nous artisans, c’est très encourageant de voir de telles initiatives se développer, portées par des personnes passionnées comme Rose. Elle s’intéresse aux matières, aux gestes et aux savoir-faire qui font notre quotidien. Loin du folklore, il s’agit de promouvoir une vision de l’artisanat breton plus juste, exigeante et simple à la fois. J’ai hâte de voir la suite ! »