Territoir

Artisanat régional contemporain

Marie Toulhoat

Quand l'héritage de la faïence quimpéroise renaît au cœur des Montagnes Noires — portrait d'une artiste qui perpétue et réinvente le décor sur émail cru.

Marie toulhoat

Au 22 de la rue du Général de Gaulle à Spézet, un ancien commerce transformé en atelier-boutique laisse entrer la lumière par une grande baie vitrée. C’est là que Marie Toulhoat décore à la main des pièces de faïence, entre poissons, crustacés, fleurs et oiseaux. Nous l’avons rencontrée pour parler de son geste, de ses racines et de la Bretagne qui nourrit chacun de ses coups de pinceau.

Un nom qui porte toute une histoire

Marie Toulhoat n’est pas n’importe quel nom dans le monde de la faïence bretonne. « Mon nom dit beaucoup de là d’où je viens. Toulhoat, c’est le nom de mon père, artiste, qu’a porté ma mère, Yvonne Lucas de son nom de jeune fille… Lucas, c’est Keraluc, fondé par mon grand-père Victor Lucas, la faïence donc. Et Toulhoat, c’est tout le talent de mon père et son ouverture d’esprit. »

Son grand-père maternel, Victor Lucas, a fondé en 1946 la faïencerie Keraluc à Quimper, manufacture qui a profondément marqué l’histoire de la céramique bretonne. Son père, Pierre Toulhoat, sculpteur, peintre, vitrailliste et joaillier, y a rencontré Yvonne Lucas. C’est dans ce creuset familial que la vocation de Marie a pris racine.

Le déclic survient en 1990. En fin de troisième année aux Beaux-Arts de Rennes, après l’obtention de son diplôme national d’arts plastiques, Marie effectue un stage d’un mois à la faïencerie Keraluc. « C’est ce stage qui a été le déclic pour ma vocation du décor sur faïence. »

Quand on lui demande de définir l’âme de son atelier en trois mots, elle répond sans détour :

« Idéal, modeste, central. »

Marie Toulhoat, faïencière

L’après-midi, Arvo Pärt et le premier coup de pinceau

Chez Marie Toulhoat, la journée d’atelier commence plutôt l’après-midi. « Avant le premier coup de pinceau, je mets de la musique, souvent pour commencer un album de Arvo Pärt, tout doux, tout tranquille, pour rentrer dans ma bulle. »

Son outil fétiche tient en un mot : un pinceau. C’est avec lui qu’elle pratique le décor sur émail cru, une technique qu’elle décrit comme particulièrement exigeante. « L’émail cru est friable, il faut manipuler la pièce très délicatement, il faut faire attention aux taches, et décorer au pinceau sur une surface concave ou convexe est plus difficile que sur du plat. » Les pièces creuses, comme les saladiers, demandent une attention redoublée.

Une argile qui vient d’ailleurs, un ancrage qui reste breton

Marie ne cache pas que sa matière première n’est pas locale. Son biscuit provient d’ailleurs. « Mais si je pouvais utiliser du biscuit en argile de Bretagne, comme mon grand-père qui utilisait l’argile de Toulven, près de Quimper, pour sa faïencerie, bien sûr que je le ferais. » Victor Lucas exploitait en effet l’argile du gisement de Toulven pour la production de Keraluc, une terre locale qui donnait au grès quimpérois son caractère singulier.

Si la matière vient d’ailleurs, l’énergie créatrice, elle, est profondément bretonne. « C’est de là, du paysage breton, que je puise ma joie de vivre, mon élan de vie, par des nages en mer, des marches sur la côte et dans la campagne, dans les terres, et c’est cette énergie que me donne le paysage qui est ma force créatrice. »

Entre côte et Montagnes Noires

Installée à Spézet, au cœur des Montagnes Noires en Argoat, Marie Toulhoat n’a pas pour autant renoncé à la mer. Plusieurs lieux nourrissent son imaginaire, chacun à sa manière.

« Depuis que je suis à Spézet, je fréquente régulièrement la plage de Kerouini près de Trégunc, et la pointe de Trévignon, j’adore ces endroits. Mais j’ai besoin aussi d’aller de temps en temps sur le Mont Saint-Michel de Braspart, puiser les ondes fortes du lieu, ou plus près de Spézet, moins connu, Minez Gliguéric, une colline qui domine la plaine de Carhaix, d’où la vue est magnifique. »

Marie Toulhoat, faïencière

Faire des enfants à la tradition

Quand on interroge Marie sur ce qui définit l’artisanat breton d’aujourd’hui, elle convoque la formule de son père. « Mon père disait « Il faut faire des enfants à la tradition », c’est bien cela… Puiser l’inspiration dans la tradition, le patrimoine, la culture de nos anciens, faire perdurer cela, mais y apporter du renouveau à la lumière de notre époque, de ce qu’elle a de bon, même si tout n’est pas bon dans notre époque, loin de là… Y apporter du nouveau aussi par ce que notre personnalité a de singulier. »

Un grand plat à poisson et la lave émaillée

Parmi toutes ses créations, une pièce se distingue dans le cœur de Marie : un très grand plat à poisson décoré pour la maison Le Minor à Pont-l’Abbé durant l’été 2023. Une collaboration entre deux maisons bretonnes, l’une portée par la broderie depuis 1936, l’autre par le décor sur faïence.

Pour l’avenir, Marie souhaite approfondir son savoir-faire autour de la lave émaillée. « Déjà, je fais des numéros de rue, des noms de maisons, un peu d’art funéraire, mais je voudrais faire aussi des tables basses, des panneaux décoratifs. »

Rejoindre TERR(IT)OIR

C’est une rencontre humaine qui a conduit Marie vers le projet TERR(IT)OIR. « J’ai tout de suite ressenti de bonnes affinités avec Rose Vignat, et tout ce qu’elle défend à travers son projet est une noble cause : la mise en avant de l’artisanat d’art de qualité, une visibilité pour cela, alors que les artisans d’art sont bien souvent trop pris par leur travail et peu qualifiés pour « se vendre ». Un artisanat d’exception à promouvoir, et qui fait rayonner l’âme de notre belle Bretagne. »

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