Anne Raffin est fabricante d’encens. Depuis son atelier de Huelgoat, au pied des Monts d’Arrée, elle conçoit à la main la première gamme d’encens français à base de plantes issues de l’agriculture biologique, sous mention Nature et Progrès. Passionnée de parfums, elle tout changé la quarantaine venue, convaincue que la vie était trop courte pour passer à côté de ses rêves. Parfums d’Encens était né.
Deux déclics et une reconversion
L’histoire commence par un constat simple. En faisant brûler ses propres mélanges de plantes, Anne réalise qu’elle n’est pas victime des maux de tête ou des nausées que provoquent tant d’encens du commerce. Cette observation l’amène à questionner la composition des encens conventionnels et à s’intéresser de près à leurs ingrédients. Le second déclic vient du dehors : la redécouverte d’un patrimoine riche et presque infini de plantes odorantes autour de chez elle, dans les landes et les forêts du Finistère.
De ces deux révélations naît une vocation. Anne quitte son poste de fonctionnaire pour devenir artisane et mener, comme elle le dit, « la vie de saltimbanque des artisans ».
L’art de l’éphémère
Quand on lui demande de définir l’âme de son atelier en trois mots, Anne n’en donne que quatre, indissociables :
« L’art de l’éphémère. »
Anne Raffin, Parfums d’Encens
Le nom lui-même raconte cette philosophie. Parfums d’Encens évoque « la danse des volutes de l’encens qui se consume, la danse de la vie ». Un art qui se déploie dans l’instant, entre la flamme du briquet et le dernier filet de fumée.
Dire bonjour à l’atelier
Le rituel matinal d’Anne tient en un geste : dire bonjour à son atelier. Ensuite commence le travail de la matière. Les encens sont composés uniquement de plantes médicinales, d’épices et de résines végétales, toutes issues de l’agriculture biologique et biodynamique. Chaque ingrédient est sélectionné non seulement pour sa certification bio, mais aussi selon des critères éthiques et sociaux — qui sont les producteurs, dans quelles conditions travaillent-ils.
Les matières premières sont broyées, agglomérées avec de l’eau, compressées, puis séchées doucement au soleil ou au coin du feu. Chaque étape est réalisée à la main, depuis le mélange des plantes jusqu’au petit sceau de cire qui scelle la fermeture de la boîte.
Le défi technique le plus exigeant ? « Faire en sorte d’aboutir à un bâton qui se tienne et dont la combustion est régulière. » Un équilibre délicat entre la densité du mélange, le dosage des résines et le temps de séchage.
Son outil fétiche est le plus modeste qui soit : le briquet. « Il me sert à allumer les encens, faire brûler toutes les plantes que je teste et que j’apprivoise. »
La fleur de callune et les vieilles montagnes
Parmi toutes les plantes qu’elle travaille, l’une occupe une place à part : la fleur de callune. « Elle pousse en abondance sur les landes des Monts d’Arrée, et c’est comme si je travaillais le corps de ces vieilles montagnes. »
Les Monts d’Arrée sont son biotope, au sens propre du terme. Anne décrit un paysage qui infuse chacune de ses créations :
« Lumière, crêtes balayées par le vent, ondulations de la lande, verts des mousses forestières, brumes… Tout contribue à donner le sentiment d’un lieu habité, pétri de légendes, où la frontière entre réel et fantastique est si mouvante qu’elle en devient presque normale. Sans parler des gens. »
Anne Raffin, Parfums d’Encens
Son lieu de ressourcement ? Les tourbières. « Être au milieu des molinies, balayer du regard les crêtes, les landes et les bois, goûter un silence presque surnaturel. »
Un encens porté pendant deux à trois ans
Anne est toujours amoureuse du dernier encens qu’elle vient de créer. Non pas par caprice, mais parce que chaque recette est le fruit d’un long processus. « Je l’ai porté pendant deux à trois ans, et voir enfin la boîte terminée, le petit sceau de cire qui scelle définitivement l’aboutissement d’un long processus de création est une joie et une fierté. »
La prochaine matière qu’elle rêve d’explorer ? La tourbe. « Symbole de transformation, des profondeurs, parfum unique et tellement emblématique des Monts d’Arrée ! »
Un artisanat ancré dans les légendes et ouvert sur le monde
Pour Anne, l’artisanat breton d’aujourd’hui se définit ainsi : « Un artisanat à la fois ancré dans la culture et les légendes, ouvert sur le monde et le partage. »
C’est précisément cette vision qui l’a conduite vers TERR(IT)OIR. « La mise en avant de métiers, d’artistes et de créateurs locaux, loin des clichés touristiques classiques, me met en joie. »